Francès / Français

(traductora: Annie Bats)

Bistouri

J’emmagasine des vers que je comprends pas :

une barque fait des tours
au fond d’un puits étroit
remplie d’explorateurs aveugles
à la recherche

d’une image
s’effaçant

Je les garderai dans l’estomac
jusqu’à ce que j’en découvre la racine.

Je sais comment les expulser
je les ramasserai avec soin
et les analyserai en détails.

J’entends le son des mots
qui s’ouvrent délicatement.

En observation

Le docteur lui a dépecé la cage thoracique
pour lui extraire le coeur et lui changer l’engrenage.

Pour que cicatrice
le sternum cousu avec un fil de métal
elle s’embrasse elle-même dans son sommeil.

La frise de la blessure devient belle
à force de s’étirer.

Quand l’anesthésie n’aura plus d’effet,
quand le voile de ses yeux va se déchirer
pour la première fois,
en serrant les dents je lui dirai :

l lumière, cette lumière claire,
tu t’en souviens ?
Nous avons déterré les défaites en la fixant.
Un fleuve l’a emportée.

Caméléon

Tous les hommes ressemblent
à un Dieu trop faible et les poissons
font de la nuit la mer la plus vide.

Qui a dit qu’aucun reflet n’invoque
une légende ?

Des restes d’une autopsie
nous avons construit notre face.
Nous sommes le masque du labyrinthe maintenant
que la guerre est une sandale de vieux.
Nous sommes l’enfant qui se couvre le visage
en implorant d’être l’autre. Comme quand
une femme vierge s’était habillée en dragon
pour engendrer un lézard
aux yeux albinos et à la peau de veau marin.

Rame bien fort, les animaux font du feu
au bois des disciples.

Sylvestre

Ce regard n’est pas le mien.

Mes yeux vivent à des kilomètres
observant en silence
la rumeur de quelques herbes.